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Mais puisque je vous dis que j'ai raison : les biais qui coûtent cher à l'investisseur

• 5 min de lecture • Finance comportementale

Un investisseur particulier n'est pas seulement exposé aux marchés : il l'est aussi à ses propres réflexes. Les travaux de Kahneman, Tversky, Odean et Barber en ont mesuré le prix : vendre les gagnants trop tôt, garder les perdants trop longtemps, et échanger trop souvent.

Le petit expert patrimonial, sourire aux lèvres, pointe du doigt son reflet dans un miroir sur pied et affirme « J'ai raison. » ; son reflet, lui, paraît inquiet
« Le miroir, lui, n'est pas convaincu. »

Nous nous croyons rationnels : nous analysons, comparons, calculons. Pourtant, nos décisions d'investissement dévient de façon répétée et prévisible. Ces écarts ont été mesurés sur des comptes réels, et ils se paient en rendement.

L'essentiel en 30 secondes

  • Aversion à la perte : une perte pèse environ deux fois plus qu'un gain de même taille (coefficient moyen de 1,955 dans une méta-analyse de 2024).
  • Effet de disposition : sur 10 000 comptes suivis de 1987 à 1993, 14,8 % des positions gagnantes étaient vendues, contre 9,8 % des positions perdantes.
  • Excès de confiance : sur 66 465 ménages suivis de 1991 à 1996, les plus actifs gagnaient 11,4 % par an, contre 17,9 % pour le marché.
  • Parade : des règles écrites à froid, avant la turbulence.

Pourquoi ne décidons-nous pas comme un tableur ?

En 1979, Daniel Kahneman et Amos Tversky proposent la « théorie des perspectives ». Nous jugeons un résultat par rapport à un point de référence, en gain ou en perte, et non selon le niveau final de richesse. Notre sensibilité est plus forte face à une perte que face à un gain (Kahneman et Tversky, Econometrica, 1979).

Trois comportements en découlent, tous mesurés :

BiaisCe que la recherche mesureSource
Aversion à la perteCoefficient moyen de 1,955Brown et al., 2024
Effet de disposition14,8 % des positions gagnantes vendues, contre 9,8 % des perdantesOdean, 1998
Excès de confiance11,4 % par an pour les plus actifs, contre 17,9 % pour le marchéBarber et Odean, 2000

L'aversion à la perte : une perte pèse environ deux fois plus qu'un gain

Une méta-analyse portant sur 607 estimations tirées de 150 articles publiés entre 1992 et 2017 situe le coefficient d'aversion à la perte à 1,955 en moyenne, avec une fourchette à 95 % de 1,820 à 2,102 (Brown, Imai, Vieider et Camerer, Journal of Economic Literature, 2024). Autrement dit, perdre 1 000 € gêne à peu près autant que gagner 2 000 € fait plaisir.

Cette asymétrie pousse à fuir la baisse. Les cinq dernières années de l'indice MSCI World, qui regroupe les grandes et moyennes capitalisations de 23 pays développés, en donnent une illustration :

AnnéeMSCI World (USD, dividendes réinvestis)
2021+22,35 %
2022−17,73 %
2023+24,42 %
2024+19,19 %
2025+21,60 %

Un investisseur sorti du marché fin 2022, après −17,73 %, serait resté à l'écart des +24,42 % de 2023, puis des +19,19 % de 2024. Cette séquence n'est pas une règle : un marché peut aussi continuer de baisser, et vendre peut être justifié par vos objectifs. Elle montre seulement ce que peut coûter une décision prise sous le coup de l'émotion plutôt que d'un plan.

L'effet de disposition : on vend les gagnants, on garde les perdants

L'économiste Terrance Odean a analysé les relevés de 10 000 comptes d'un grand courtier à bas coûts entre 1987 et 1993. Sur l'ensemble de la période, la proportion de positions gagnantes effectivement vendues (14,8 %) dépasse celle des positions perdantes (9,8 %) (Odean, Journal of Finance, 1998).

Selon l'auteur, ce comportement n'est pas expliqué par un souhait de rééquilibrer le portefeuille, ni par les coûts de transaction, ni justifié par la performance ultérieure des titres. Pour des placements imposables, il abaisse le rendement après impôt.

L'excès de confiance : plus on échange, moins on gagne

Brad Barber et Terrance Odean ont suivi 66 465 ménages d'un grand courtier à bas coûts de 1991 à 1996. Le ménage moyen a gagné 16,4 % par an, contre 17,9 % pour le marché. Les ménages qui échangeaient le plus ont gagné 11,4 % par an. Les auteurs attribuent ce résultat, pour une large part, à l'excès de confiance (Barber et Odean, Journal of Finance, 2000).

Ces échantillons sont américains et anciens. Ils décrivent des comportements, pas des promesses : mais le mécanisme, lui, n'a rien de local.

Comment se protéger de soi-même : trois garde-fous

1. Écrire sa règle à froid

Un document rédigé quand les marchés sont calmes : objectifs, horizon, part maximale de chaque risque, conditions dans lesquelles on revend. Il ne supprime pas le risque, mais il remplace l'improvisation par une décision déjà prise.

2. Limiter la fréquence de consultation

Plus on regarde son portefeuille, plus on est tenté d'agir. Nous avons détaillé ce point dans un article sur la juste fréquence de consultation d'un portefeuille.

3. Automatiser ce qui peut l'être

Des versements programmés réduisent le nombre de décisions à prendre. C'est un garde-fou de comportement, pas une garantie de performance.

Le goût du pari spéculatif est un autre biais bien documenté : voir le biais loterie.

Trois questions à vous poser

  1. Mes règles de vente sont-elles écrites ? À défaut, la prochaine baisse décidera à votre place.
  2. Combien d'ordres ai-je passés cette année, et pourquoi ? Chaque ordre doit pouvoir se justifier par un objectif, pas par l'actualité.
  3. Quelle perte pourrais-je supporter sans rien vendre ? La réponse fixe la part de risque compatible avec votre tempérament.

Ce qu'il faut retenir

Les biais ne sont pas des défauts de caractère : ce sont des régularités mesurées. L'aversion à la perte, l'effet de disposition et l'excès de confiance poussent à vendre trop tôt, à garder trop longtemps et à trop échanger.

On ne les supprime pas, on les contourne : par une règle écrite à froid, peu de décisions, et un regard extérieur.

Chez Arkalyans, notre métier consiste précisément à cela : formaliser avec vous, avant la prochaine turbulence, les règles qui vous éviteront de décider sous l'emprise du moment.

Vos règles d'investissement sont-elles écrites avant la prochaine turbulence ?

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Avertissement

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les actions et les fonds actions sont soumis à un risque de perte en capital.

Les chiffres de cet article proviennent de travaux académiques anciens et de l'indice MSCI World (en dollars, dividendes réinvestis, avant frais ; l'indice n'est pas directement investissable), pour les périodes indiquées. Ils ont une valeur indicative : d'autres périodes ou d'autres échantillons auraient donné d'autres résultats. Le traitement fiscal dépend de la situation de chacun et est susceptible d'évoluer.

Cet article est publié par ARKALYANS à des fins d'information générale et de présentation de ses services. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée en matière d'assurance, ni une consultation juridique ou fiscale, et ne tient pas compte de votre situation personnelle. Il ne constitue pas non plus une offre, une sollicitation ou une incitation à souscrire, acheter ou vendre un instrument financier ou un contrat d'assurance.

Un conseil adapté suppose l'analyse préalable de votre situation, de vos objectifs, de vos connaissances, de votre expérience et de votre tolérance au risque. ARKALYANS ne le délivre que dans le cadre d'une relation formalisée : remise du document d'entrée en relation, recueil de vos informations et, en assurance, de vos exigences et besoins, lettre de mission, puis conseil écrit et motivé.

ARKALYANS est conseiller en investissements financiers (CIF) et courtier en assurance, immatriculée à l'ORIAS sous le n° 26012232 (www.orias.fr).

Sources

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