Mais puisque je vous dis que j'ai raison : les biais qui coûtent cher à l'investisseur
Un investisseur particulier n'est pas seulement exposé aux marchés : il l'est aussi à ses propres réflexes. Les travaux de Kahneman, Tversky, Odean et Barber en ont mesuré le prix : vendre les gagnants trop tôt, garder les perdants trop longtemps, et échanger trop souvent.
Nous nous croyons rationnels : nous analysons, comparons, calculons. Pourtant, nos décisions d'investissement dévient de façon répétée et prévisible. Ces écarts ont été mesurés sur des comptes réels, et ils se paient en rendement.
L'essentiel en 30 secondes
- Aversion à la perte : une perte pèse environ deux fois plus qu'un gain de même taille (coefficient moyen de 1,955 dans une méta-analyse de 2024).
- Effet de disposition : sur 10 000 comptes suivis de 1987 à 1993, 14,8 % des positions gagnantes étaient vendues, contre 9,8 % des positions perdantes.
- Excès de confiance : sur 66 465 ménages suivis de 1991 à 1996, les plus actifs gagnaient 11,4 % par an, contre 17,9 % pour le marché.
- Parade : des règles écrites à froid, avant la turbulence.
Pourquoi ne décidons-nous pas comme un tableur ?
En 1979, Daniel Kahneman et Amos Tversky proposent la « théorie des perspectives ». Nous jugeons un résultat par rapport à un point de référence, en gain ou en perte, et non selon le niveau final de richesse. Notre sensibilité est plus forte face à une perte que face à un gain (Kahneman et Tversky, Econometrica, 1979).
Trois comportements en découlent, tous mesurés :
| Biais | Ce que la recherche mesure | Source |
|---|---|---|
| Aversion à la perte | Coefficient moyen de 1,955 | Brown et al., 2024 |
| Effet de disposition | 14,8 % des positions gagnantes vendues, contre 9,8 % des perdantes | Odean, 1998 |
| Excès de confiance | 11,4 % par an pour les plus actifs, contre 17,9 % pour le marché | Barber et Odean, 2000 |
L'aversion à la perte : une perte pèse environ deux fois plus qu'un gain
Une méta-analyse portant sur 607 estimations tirées de 150 articles publiés entre 1992 et 2017 situe le coefficient d'aversion à la perte à 1,955 en moyenne, avec une fourchette à 95 % de 1,820 à 2,102 (Brown, Imai, Vieider et Camerer, Journal of Economic Literature, 2024). Autrement dit, perdre 1 000 € gêne à peu près autant que gagner 2 000 € fait plaisir.
Cette asymétrie pousse à fuir la baisse. Les cinq dernières années de l'indice MSCI World, qui regroupe les grandes et moyennes capitalisations de 23 pays développés, en donnent une illustration :
| Année | MSCI World (USD, dividendes réinvestis) |
|---|---|
| 2021 | +22,35 % |
| 2022 | −17,73 % |
| 2023 | +24,42 % |
| 2024 | +19,19 % |
| 2025 | +21,60 % |
Un investisseur sorti du marché fin 2022, après −17,73 %, serait resté à l'écart des +24,42 % de 2023, puis des +19,19 % de 2024. Cette séquence n'est pas une règle : un marché peut aussi continuer de baisser, et vendre peut être justifié par vos objectifs. Elle montre seulement ce que peut coûter une décision prise sous le coup de l'émotion plutôt que d'un plan.
L'effet de disposition : on vend les gagnants, on garde les perdants
L'économiste Terrance Odean a analysé les relevés de 10 000 comptes d'un grand courtier à bas coûts entre 1987 et 1993. Sur l'ensemble de la période, la proportion de positions gagnantes effectivement vendues (14,8 %) dépasse celle des positions perdantes (9,8 %) (Odean, Journal of Finance, 1998).
Selon l'auteur, ce comportement n'est pas expliqué par un souhait de rééquilibrer le portefeuille, ni par les coûts de transaction, ni justifié par la performance ultérieure des titres. Pour des placements imposables, il abaisse le rendement après impôt.
L'excès de confiance : plus on échange, moins on gagne
Brad Barber et Terrance Odean ont suivi 66 465 ménages d'un grand courtier à bas coûts de 1991 à 1996. Le ménage moyen a gagné 16,4 % par an, contre 17,9 % pour le marché. Les ménages qui échangeaient le plus ont gagné 11,4 % par an. Les auteurs attribuent ce résultat, pour une large part, à l'excès de confiance (Barber et Odean, Journal of Finance, 2000).
Ces échantillons sont américains et anciens. Ils décrivent des comportements, pas des promesses : mais le mécanisme, lui, n'a rien de local.
Comment se protéger de soi-même : trois garde-fous
1. Écrire sa règle à froid
Un document rédigé quand les marchés sont calmes : objectifs, horizon, part maximale de chaque risque, conditions dans lesquelles on revend. Il ne supprime pas le risque, mais il remplace l'improvisation par une décision déjà prise.
2. Limiter la fréquence de consultation
Plus on regarde son portefeuille, plus on est tenté d'agir. Nous avons détaillé ce point dans un article sur la juste fréquence de consultation d'un portefeuille.
3. Automatiser ce qui peut l'être
Des versements programmés réduisent le nombre de décisions à prendre. C'est un garde-fou de comportement, pas une garantie de performance.
Le goût du pari spéculatif est un autre biais bien documenté : voir le biais loterie.
Trois questions à vous poser
- Mes règles de vente sont-elles écrites ? À défaut, la prochaine baisse décidera à votre place.
- Combien d'ordres ai-je passés cette année, et pourquoi ? Chaque ordre doit pouvoir se justifier par un objectif, pas par l'actualité.
- Quelle perte pourrais-je supporter sans rien vendre ? La réponse fixe la part de risque compatible avec votre tempérament.
Ce qu'il faut retenir
Les biais ne sont pas des défauts de caractère : ce sont des régularités mesurées. L'aversion à la perte, l'effet de disposition et l'excès de confiance poussent à vendre trop tôt, à garder trop longtemps et à trop échanger.
On ne les supprime pas, on les contourne : par une règle écrite à froid, peu de décisions, et un regard extérieur.
Chez Arkalyans, notre métier consiste précisément à cela : formaliser avec vous, avant la prochaine turbulence, les règles qui vous éviteront de décider sous l'emprise du moment.
Vos règles d'investissement sont-elles écrites avant la prochaine turbulence ?
Prendre rendez-vousAvertissement
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les actions et les fonds actions sont soumis à un risque de perte en capital.
Les chiffres de cet article proviennent de travaux académiques anciens et de l'indice MSCI World (en dollars, dividendes réinvestis, avant frais ; l'indice n'est pas directement investissable), pour les périodes indiquées. Ils ont une valeur indicative : d'autres périodes ou d'autres échantillons auraient donné d'autres résultats. Le traitement fiscal dépend de la situation de chacun et est susceptible d'évoluer.
Cet article est publié par ARKALYANS à des fins d'information générale et de présentation de ses services. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée en matière d'assurance, ni une consultation juridique ou fiscale, et ne tient pas compte de votre situation personnelle. Il ne constitue pas non plus une offre, une sollicitation ou une incitation à souscrire, acheter ou vendre un instrument financier ou un contrat d'assurance.
Un conseil adapté suppose l'analyse préalable de votre situation, de vos objectifs, de vos connaissances, de votre expérience et de votre tolérance au risque. ARKALYANS ne le délivre que dans le cadre d'une relation formalisée : remise du document d'entrée en relation, recueil de vos informations et, en assurance, de vos exigences et besoins, lettre de mission, puis conseil écrit et motivé.
ARKALYANS est conseiller en investissements financiers (CIF) et courtier en assurance, immatriculée à l'ORIAS sous le n° 26012232 (www.orias.fr).
Sources
- Daniel Kahneman et Amos Tversky — Prospect Theory: An Analysis of Decision under Risk : valeur mesurée en gains et pertes, plus pentue pour les pertes — Econometrica, vol. 47 (2), 1979, p. 263-291, notice RePEc (source primaire).
- Alexander Brown, Taisuke Imai, Ferdinand Vieider et Colin Camerer — Meta-analysis of Empirical Estimates of Loss Aversion : moyenne de 1,955, intervalle à 95 % de 1,820 à 2,102, sur 607 estimations tirées de 150 articles (1992-2017) — Journal of Economic Literature, vol. 62 (2), juin 2024, p. 485-516, notice RePEc (source primaire).
- Terrance Odean — Are Investors Reluctant to Realize Their Losses? : 10 000 comptes, 1987-1993 ; table I : proportion de gains réalisés 0,148, proportion de pertes réalisées 0,098 sur l'ensemble de l'année — Journal of Finance, vol. 53 (5), 1998, p. 1775-1798, version de l'auteur (source primaire).
- Brad Barber et Terrance Odean — Trading Is Hazardous to Your Wealth: The Common Stock Investment Performance of Individual Investors : 66 465 ménages, 1991-1996 ; ménage moyen 16,4 %, plus actifs 11,4 %, marché 17,9 % — Journal of Finance, vol. 55 (2), avril 2000, p. 773-806, notice RePEc (source primaire).
- MSCI — MSCI World Index (USD) Factsheet : performances annuelles brutes 2021 à 2025 et description de l'indice (23 pays développés) — MSCI, données au 30 septembre 2026, consulté le 24 octobre 2026 (fiche mensuelle à adresse fixe, source primaire).