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IFI 2025 : 193 600 foyers imposables, 2,3 milliards d'euros — ce que dit vraiment la note n°45 de la DGFiP

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En 2025, près de 193 600 foyers ont reçu un avis d'IFI, pour un total de 2,3 milliards d'euros — un record depuis la création de l'impôt en 2018, selon la note DGFiP Statistiques n°45 publiée en avril 2026. Le rendement progresse de 8 % en un an, alors même que le barème et le seuil de 1,3 M€ sont inchangés depuis treize ans. Autrement dit : l'État n'a rien durci ; c'est votre patrimoine qui a franchi la ligne.

Le petit expert patrimonial désigne une foule de nouveaux foyers IFI devant un portail au seuil de 1 300 000 €
"+8 000 foyers en plus"

Que disent précisément les chiffres ?

La note de la DGFiP, signée par Olivier Arnal et Thomas Péquignot, livre une photographie nette du contribuable IFI 2025.

Indicateur 2025 Évolution
Foyers redevables 193 600 +4 % vs 2024 / +50 % depuis 2018
Recettes IFI 2,3 Md€ +8 % vs 2024
Patrimoine taxable déclaré 493 Md€ +5,6 %
Patrimoine moyen par foyer 2,55 M€ +1,5 %
IFI moyen payé ~12 000 € —
Revenu annuel moyen du foyer 322 100 € —
La progression de l'IFI tient à 66 % à de nouveaux entrants — et à seulement un tiers à l'enrichissement des foyers déjà imposés. C'est un impôt qui élargit son assiette, pas qui matraque ses redevables historiques.

Qui est vraiment dans le viseur ?

Trois quarts des foyers IFI déclarent un patrimoine imposable compris entre 1,3 et 2,57 M€. C'est le cœur de cible : des propriétaires qui ne se vivent pas comme « riches » au sens patrimonial, mais qui cumulent une résidence principale en zone tendue, un bien locatif ou une résidence secondaire, et parfois quelques parts de SCPI ou de SCI familiale.

L'autre extrémité de la distribution concentre la recette : les 6 % de foyers déclarant plus de 5 M€ de patrimoine immobilier — dont 1 % au-dessus de 10 M€ — paient à eux seuls environ 37 % du rendement total.

Géographiquement, l'IFI reste un impôt très parisien et francilien : environ la moitié des redevables vivent en Île-de-France, dont près d'un tiers à Paris intra-muros. Le reste se concentre dans les grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Nice, Marseille) et chez les non-résidents. L'âge moyen du redevable approche 70 ans : c'est largement un impôt sur le patrimoine immobilier transmis ou accumulé sur une vie de carrière.

Pourquoi l'assiette grossit-elle si vite ?

Le seuil d'entrée à 1,3 M€ n'a pas été revalorisé depuis 2013, soit treize ans. Sur la même période, les prix de l'immobilier résidentiel ont progressé de manière significative dans les zones où vivent justement les redevables potentiels. Mécaniquement, la simple inflation immobilière fait basculer chaque année 8 000 à 10 000 nouveaux foyers dans l'IFI sans qu'ils n'aient rien fait — c'est l'effet de seuil non indexé, équivalent à un durcissement silencieux de l'impôt.

S'y ajoutent deux dynamiques structurelles :

Levier sous-utilisé : les dons aux organismes d'intérêt général déclarés au titre de la réduction IFI ont progressé de +12 % pour atteindre 250 millions d'euros en 2025. Le levier — 75 % du don déductible dans la limite de 50 000 € — reste l'un des seuls outils de réduction directe encore opérants.

Trois angles morts qui coûtent cher

Si vous êtes dirigeant, profession libérale ou propriétaire d'immobilier professionnel, ces trois points reviennent systématiquement dans les contrôles.

1. La frontière biens professionnels / biens privés est plus fine qu'il n'y paraît

L'exonération des biens professionnels suppose que l'immeuble soit affecté à l'activité de l'entreprise dans laquelle vous exercez vos fonctions de direction, et que cette activité soit votre activité principale. Un local commercial loué à votre propre société, un foncier détenu via une SCI familiale louant à l'opérationnelle, ou un bien partiellement utilisé à titre privé peuvent retomber dans l'IFI — totalement ou partiellement. C'est le contentieux n°1 de l'IFI selon les analyses publiées à l'occasion de la note n°45.

2. La dette n'est plus aussi déductible qu'avant

Pour les patrimoines au-dessus de 5 M€, les dettes excédant 60 % de la valeur taxable ne sont déductibles qu'à hauteur de 50 % de l'excédent (art. 974 CGI). Depuis la loi de finances pour 2024 (art. 973, IV CGI), dans les SCI, seules les dettes attachées à un actif imposable sont déductibles pour valoriser les parts. Rappel : l'abattement de 30 % sur la résidence principale ne s'applique pas si vous logez via une SCI de gestion — règle constante depuis l'origine de l'IFI (BOFiP BOI-PAT-IFI-20-30-20).

3. Le démembrement n'est pas une baguette magique

En règle générale, l'usufruitier déclare la pleine valeur du bien à l'IFI. Les schémas de donation de la nue-propriété aux enfants restent puissants, mais leur efficacité dépend d'arbitrages — âge du donateur, droits de donation, perte de contrôle — qui se jouent bien avant l'avis d'IFI.

Ce qu'il faut demander à votre conseil avant le prochain millésime

Plutôt qu'une checklist générique, trois questions concrètes à passer en revue avec votre avocat fiscaliste ou votre conseil en gestion de patrimoine :

  1. Mon périmètre déclaratif est-il à jour ? Tout actif immobilier détenu directement ou indirectement (SCPI, OPCI, parts de sociétés à prépondérance immobilière, biens à l'étranger, immobilier détenu en assurance-vie luxembourgeoise) doit être recensé. L'oubli est la première cause de redressement.
  2. Mes biens « professionnels » résistent-ils à un contrôle ? Demandez une revue de la qualification de chaque bien que vous excluez de l'IFI : bail, affectation réelle, fonctions exercées, niveau de rémunération issu de l'activité.
  3. Mes dettes sont-elles encore pleinement déductibles ? Avec le durcissement issu de la LF 2024 applicable aux SCI et le plafonnement au-delà de 5 M€, certains montages de dette intra-familiale ou holding ne sont plus opérants — il vaut mieux le savoir avant le 15 mai prochain.

L'IFI n'est pas un impôt foudroyant — 12 000 € en moyenne, ce n'est pas le sujet pour un patrimoine de 2,5 M€. Le vrai coût se cache dans les redressements, les pénalités et les schémas patrimoniaux mal calibrés qu'on traîne dix ans avant qu'un contrôle n'arrive.

Ce qu'il faut retenir

  • L'IFI 2025 atteint un record absolu : 193 600 foyers et 2,3 Md€, +8 % en un an — sans aucun durcissement législatif du barème.
  • 66 % de la hausse vient de nouveaux entrants : le seuil à 1,3 M€ non indexé depuis 2013 est le principal moteur de croissance de l'assiette.
  • Les trois quarts des redevables déclarent entre 1,3 et 2,57 M€ : c'est la « classe moyenne du patrimoine », pas les ultra-riches.
  • La LF 2024 a durci la déductibilité des dettes en SCI : les montages ancés avant 2024 méritent une revue.
  • Le don IFI (75 % déductible jusqu'à 50 000 €) reste le seul levier de réduction directe simple et accessible.
  • Si votre patrimoine immobilier net dépasse 1 M€, la question n'est plus si vous serez concerné, mais quand.

Avertissement — Cet article est rédigé à titre purement informatif et pédagogique ; il ne constitue pas un conseil fiscal ou patrimonial personnalisé. Les règles fiscales mentionnées (CGI, BOFiP) sont susceptibles d'évoluer. Chaque situation patrimoniale étant unique, nous recommandons de consulter un avocat fiscaliste, un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine certifié (CGP/CGPI) avant de prendre toute décision. Arkalyans n'est pas habilité à délivrer des conseils fiscaux individualisés.

Sources

Mots-clés

IFI Impôt sur la fortune immobilière DGFiP statistiques Seuil 1 300 000 € SCI SCPI Dettes déductibles Démembrement Réduction IFI Loi de finances 2024