Fiscal Juridique

Défiscalisation ratée : qui est responsable ?

• 5 min de lecture • Responsabilité des intervenants

Quand l'administration refuse la réduction d'impôt d'un montage Girardin, l'investisseur ne peut pas, en principe, réclamer à son conseil ou au monteur le remboursement de l'impôt rappelé. Dans un arrêt publié au Bulletin du 30 avril 2025, la chambre commerciale de la Cour de cassation pose cette règle, avec une exception, et rappelle l'obligation d'information du conseiller en gestion de patrimoine.

Le petit expert patrimonial, sourcils froncés, examine un grand document intitulé « Attestation fiscale », sous une bulle qui dit : une attestation, ça engage !
"Une attestation, ça engage !"

L'essentiel en 30 secondes

  • Payer l'impôt rappelé après un refus de réduction d'impôt n'est pas, en principe, un dommage indemnisable.
  • L'exception : prouver que, sans la faute du professionnel, vous n'auriez pas payé cet impôt, ou un impôt moindre.
  • Le conseiller en gestion de patrimoine doit informer sur les caractéristiques essentielles de l'opération, y compris les moins favorables, et sur ses risques.
  • Dans cette affaire, la faute du cabinet a été appréciée séparément selon qu'il agissait comme monteur ou comme commercialisateur.

Que s'est-il passé dans cette affaire ?

En 2009 et en 2010, un investisseur apporte des fonds à des sociétés en participation, dans le cadre de deux programmes de défiscalisation qui financent des centrales photovoltaïques. Il impute les réductions d'impôt correspondantes sur ses revenus de 2009 et de 2010, au titre de l'article 199 undecies B du Code général des impôts. L'un des programmes avait été conçu par une société tierce et commercialisé par un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. L'autre avait été monté par ce cabinet lui-même.

L'administration fiscale remet en cause les réductions d'impôt. L'investisseur assigne le cabinet en réparation, et celui-ci appelle ses assureurs en garantie. La cour d'appel de Paris juge le 11 septembre 2023. Le dossier arrive devant la Cour de cassation, qui ne se prononce que sur certains points.

L'impôt rappelé est-il un dommage indemnisable ?

La Cour répond par un principe, assorti d'une exception :

« Le paiement de l'impôt mis à la charge d'un contribuable à la suite d'une rectification fiscale lui refusant le bénéfice de la réduction d'impôt escomptée d'une opération de défiscalisation ne constitue pas un dommage indemnisable, sauf s'il est établi que sans la faute des personnes en charge de cette opération dont la responsabilité est recherchée, ce contribuable n'aurait pas été exposé au paiement de l'impôt rappelé ou aurait acquitté un impôt moindre. » — Cour de cassation, chambre commerciale, 30 avril 2025, n° 23-23.253 et n° 24-11.717, point 6

Autrement dit, c'est à l'investisseur de démontrer qu'il aurait pu, sans la faute, éviter tout ou partie de cet impôt. Dans l'affaire jugée, il soutenait qu'un autre produit lui aurait permis de bénéficier de la réduction d'impôt. La Cour écarte ce grief. Pour le programme monté par le cabinet lui-même, la cour d'appel avait écarté sa faute en tant que commercialisateur et retenu sa faute en tant que monteur, pour avoir délivré une attestation fiscale erronée. Elle « n'avait pas à effectuer la recherche » demandée, qualifiée d'inopérante.

Selon le pourvoi, la cour d'appel avait limité à 19 140 euros les dommages et intérêts pour le préjudice matériel lié à ce programme, en excluant du préjudice réparable l'impôt en principal, tout en retenant une majoration d'impôt et des intérêts de retard. Ce chiffre est rapporté par l'investisseur dans son moyen : la Cour de cassation ne le reprend pas à son compte.

Que doit le conseiller en gestion de patrimoine à son client ?

Sur le programme conçu par un tiers, la cour d'appel avait écarté toute responsabilité du conseiller : les documents, malgré une présentation flatteuse, mentionnaient les risques de redressement fiscal dans des chapitres dédiés. La Cour de cassation casse sur ce point. Elle rappelle d'abord la règle :

« le conseiller en gestion de patrimoine est tenu, à l'égard de l'investisseur, d'une obligation d'information sur les caractéristiques essentielles, y compris les moins favorables, de l'opération proposée, ainsi que sur les risques qui lui sont associés. » — Cour de cassation, chambre commerciale, 30 avril 2025, point 13

Elle estime ensuite que les motifs de la cour d'appel sont « impropres à établir que les informations fournies faisaient clairement et complètement état des risques des opérations de défiscalisation ». Pour les points cassés, l'affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Paris autrement composée.

La distinction du commercialisateur et du monteur compte donc. Le premier répond d'un devoir d'information et de conseil. Le second peut voir sa responsabilité engagée pour les documents qu'il établit : la cour d'appel a retenu, dans cette affaire, la faute d'un monteur pour une attestation fiscale erronée, et la Cour de cassation n'est pas revenue sur ce point.

Les trois questions à vous poser avant de souscrire

  1. Qui a conçu l'opération, et qui me la vend ? Le monteur et le distributeur n'ont pas les mêmes obligations.
  2. Les risques fiscaux sont-ils expliqués clairement, ou seulement mentionnés ? Dans cette affaire, la mention des risques dans des chapitres dédiés n'a pas suffi à justifier la décision de la cour d'appel.
  3. Pourrais-je prouver ce que j'aurais fait sans cette opération ? L'exception à la règle repose sur la preuve que, sans la faute, vous n'auriez pas payé l'impôt rappelé.

Ce qu'il faut retenir

Une défiscalisation refusée par l'administration ne se rembourse pas automatiquement par le conseil ou par le monteur. L'impôt rappelé n'est indemnisable que si l'investisseur établit qu'il ne l'aurait pas payé, ou aurait payé moins, sans la faute reprochée.

Le conseiller en gestion de patrimoine doit en revanche une information complète, y compris sur les aspects défavorables. Dans cette affaire, la présentation des risques dans des chapitres dédiés n'a pas suffi à la Cour de cassation pour juger que l'information avait été claire et complète.

Chez Arkalyans, notre métier consiste précisément à cela : examiner un projet de défiscalisation d'abord pour ce qu'il vaut économiquement, avant de regarder l'avantage fiscal qu'il promet.

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Avertissement

Les règles fiscales citées sont celles en vigueur à la date de mise à jour de l'article. Elles peuvent évoluer, et leur application dépend de la situation de chacun.

Les décisions de justice citées ont été rendues dans des affaires particulières, au vu de leurs faits. D'autres juridictions peuvent statuer différemment, et la jurisprudence peut évoluer.

Cet article est publié par ARKALYANS à des fins d'information générale et de présentation de ses services. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée en matière d'assurance, ni une consultation juridique ou fiscale, et ne tient pas compte de votre situation personnelle. Il ne constitue pas non plus une offre, une sollicitation ou une incitation à souscrire, acheter ou vendre un instrument financier ou un contrat d'assurance.

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ARKALYANS est conseiller en investissements financiers (CIF) et courtier en assurance, immatriculée à l'ORIAS sous le n° 26012232 (www.orias.fr).

L'idée de cet article est venue à l'équipe d'ARKALYANS en lisant un article originellement publié par l'équipe de RESODINFO dont nous recommandons vivement une lecture régulière. Découvrir RESODINFO

Sources

Mots-clés

Défiscalisation Girardin Industriel Article 199 Undecies B CGI Responsabilité Du Monteur Devoir D'Information Conseiller En Gestion De Patrimoine Cour De Cassation