Révocation du dirigeant de SAS : une décision des associés peut-elle déroger aux statuts ?
Dans une SAS, une décision des associés peut compléter les statuts sur la révocation des dirigeants, mais elle ne peut pas y déroger, même prise à l'unanimité. La Cour de cassation l'a jugé le 9 juillet 2025. Une promesse d'indemnité faite par les associés à titre personnel relève, elle, d'un autre terrain.
L'essentiel en 30 secondes
- Dans une SAS, ce sont les statuts qui fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée.
- Une décision des associés peut compléter les statuts sur la révocation du dirigeant, non y déroger, même à l'unanimité.
- Un engagement personnel des associés de faire prévoir une indemnité n'est pas, en soi, contraire aux statuts.
- Dans la première affaire, la condamnation de la société pour révocation brutale et vexatoire (30 000 euros) n'a pas été remise en cause par la cassation.
Que prévoit la loi sur la direction d'une SAS ?
La loi laisse peu de règles impératives : « Les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée » (article L. 227-5 du Code de commerce). Les conditions de nomination, de durée des fonctions et de révocation des dirigeants relèvent donc des statuts.
Lorsque la SAS ne compte qu'un associé, l'article L. 227-1 prévoit que « l'associé unique exerce les pouvoirs dévolus aux associés lorsque le présent chapitre prévoit une prise de décision collective ».
Que juge la Cour de cassation le 9 juillet 2025 ?
Les statuts d'une SAS prévoyaient que le directeur général pouvait être révoqué à tout moment, sans juste motif, par décision du président. Lors de la nomination du directeur général, les associés avaient adopté à l'unanimité, dans une annexe au procès-verbal de l'assemblée, des conditions d'exercice de son mandat. Elles ne permettaient sa révocation que dans trois hypothèses précises. Les statuts n'avaient pas été modifiés en conséquence.
Le président révoque le directeur général, qui assigne la société en dommages et intérêts. La cour d'appel de Paris applique l'annexe : la décision unanime des associés montrait leur volonté de déroger aux statuts. La Cour de cassation casse cet arrêt.
La Cour statue sans renvoi : elle rejette les demandes du dirigeant fondées sur une révocation sans juste motif. Elle maintient en revanche la condamnation de la société à 30 000 euros pour révocation vexatoire et brutale, que sa cassation n'atteint pas.
Et une promesse d'indemnité faite par les associés ?
Le même jour, la chambre commerciale statue sur un autre cas. Lors du rachat d'une SAS, les associés majoritaires de la holding qui la contrôle signent un protocole d'investissement et un pacte avec un dirigeant. Ils s'engagent à faire le nécessaire pour qu'il soit désigné directeur général pendant au moins deux ans, la décision de nomination devant prévoir une indemnité forfaitaire en cas de révocation ou de réduction de ses attributions avant ce terme. L'associé unique de la SAS adopte de son côté une résolution qui met l'indemnité à la charge de la société. Les statuts, eux, prévoient un directeur général « révocable sans aucune indemnité ».
Le dirigeant est révoqué, puis réclame l'indemnité à la société comme aux signataires. La cour d'appel de Nancy rejette ses demandes, contre l'une comme contre les autres, au motif que la clause du protocole est contraire aux statuts. La Cour de cassation distingue :
Contre les associés signataires
La clause du protocole « ne renferme qu'un engagement personnel des signataires » de faire le nécessaire pour que la décision de nomination prévoie l'indemnité. Elle n'est donc pas contraire aux statuts, et la cour d'appel a violé l'article 1134 du Code civil, dans sa rédaction antérieure à 2016.
Contre la société
La cassation est prononcée pour un motif de procédure : le dirigeant fondait sa demande sur la résolution de l'associé unique, non sur le protocole, et la cour d'appel a modifié l'objet du litige. La Cour ne dit donc pas que la résolution de l'associé unique lie la société.
L'affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Metz (pourvoi n° 23-21.160). Son issue reste à connaître.
Que faire concrètement ?
L'arrêt du 9 juillet 2025 concerne une décision unanime de plusieurs associés. Il ne tranche pas expressément le cas d'une décision de l'associé unique. Le raisonnement de la Cour, fondé sur le rôle des statuts, invite toutefois à la prudence : en cas de doute, il vaut mieux écrire les règles dans les statuts que dans une décision séparée.
- Vos statuts et vos décisions de nomination disent-ils la même chose ? Une indemnité de révocation prévue ailleurs que dans les statuts expose à une contestation.
- Qui s'engage : la société, ou les associés ? Un engagement personnel des associés n'a pas les mêmes effets qu'une décision de la société.
- Les conditions de la révocation sont-elles loyales ? Conforme aux statuts ne veut pas dire exempt de tout risque : la condamnation pour révocation brutale et vexatoire a été maintenue.
Ce qu'il faut retenir
Dans une SAS, les règles de révocation des dirigeants se lisent d'abord dans les statuts. Une décision des associés peut les compléter, jamais les contredire, même si tous les associés l'ont votée.
Si vous voulez qu'un dirigeant bénéficie d'une indemnité ou d'une protection particulière, la voie sûre consiste à modifier les statuts. Un engagement personnel des associés est une autre voie, avec d'autres effets.
Chez Arkalyans, notre métier consiste précisément à cela : mettre en cohérence la rémunération, le statut et la protection du dirigeant avec les règles qui s'appliquent vraiment à sa société.
Votre statut de dirigeant est-il aussi solide qu'il en a l'air ?
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Les décisions de justice citées ont été rendues dans des affaires particulières, au vu de leurs faits. D'autres juridictions peuvent statuer différemment, et la jurisprudence peut évoluer.
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L'idée de cet article est venue à l'équipe d'ARKALYANS en lisant un article originellement publié par l'équipe de RESODINFO dont nous recommandons vivement une lecture régulière. Découvrir RESODINFO
Sources
- Cour de cassation, chambre commerciale, 9 juillet 2025, n° 24-10.428, publié au Bulletin (ECLI:FR:CCASS:2025:CO00389, arrêt n° 389 FS-B) — une décision des associés d'une SAS ne peut déroger aux statuts sur la révocation des dirigeants, même unanime (point 7) ; cassation partielle sans renvoi de CA Paris, 16 novembre 2023 — Légifrance (source primaire), consulté le 24 octobre 2026.
- Cour de cassation, chambre commerciale, 9 juillet 2025, n° 23-21.160, publié au Bulletin (ECLI:FR:CCASS:2025:CO00388, arrêt n° 388 FS-B) — engagement extra-statutaire des associés signataires d'un protocole d'investissement (point 14) ; modification de l'objet du litige (point 10) ; cassation partielle de CA Nancy, 12 avril 2023, renvoi devant CA Metz — Légifrance (source primaire), consulté le 24 octobre 2026.
- Article L. 227-5 du Code de commerce — les statuts de la SAS fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée ; version en vigueur depuis le 21 septembre 2000 — Légifrance (source primaire), consulté le 24 octobre 2026.
- Article L. 227-1 du Code de commerce — SAS, associé unique et pouvoirs dévolus aux associés ; version en vigueur depuis le 1er janvier 2025 (ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023) — Légifrance (source primaire), consulté le 24 octobre 2026.