Le PER : un succès discret, bâti sur des automatismes
À fin juin 2026, 8,5 millions de Français détenaient un plan d'épargne retraite assurantiel, pour 124,8 milliards d'euros. Ce succès ne doit rien à un support miracle. Il tient à trois automatismes : un versement qu'on ne redécide pas, une allocation qui réduit son risque toute seule, et un plafond fiscal qui récompense la régularité.
Le PER a gagné la bataille de l'adoption
Selon France Assureurs, les PER assurantiels comptent 8,5 millions d'assurés pour 124,8 milliards d'euros à fin juin 2026, dont 229 600 nouveaux plans souscrits sur le seul deuxième trimestre.
Le basculement est plus net encore sur les flux : d'après la DREES, les PER concentrent 77 % des cotisations de retraite supplémentaire en 2024, sur 21,4 milliards d'euros collectés.
Le succès reste pourtant partiel. La Cour des comptes rappelle que l'objectif public de 300 milliards d'euros d'encours dès 2022 n'était pas atteint, et qu'environ 13 % des actifs occupés détiennent un PER d'entreprise, 10 % un produit individuel.
Une réussite d'usage. Pas encore une réussite de couverture.
Ce qui fait marcher un plan retraite n'est pas le fonds que vous choisissez
Le point le plus intéressant du PER n'est pas fiscal. Il est architectural.
L'article L. 224-3 du code monétaire et financier pose une règle simple : « Sauf décision contraire et expresse du titulaire, les versements sont affectés selon une allocation de l'épargne permettant de réduire progressivement les risques financiers pour le titulaire. »
La désensibilisation du risque à l'approche de la retraite est donc le réglage d'usine. Il faut agir pour en sortir, pas pour en bénéficier.
L'effet est mesurable. D'après une enquête professionnelle de 2022 reprise par la Cour des comptes, les épargnants de moins de 40 ans en gestion pilotée détenaient 56 % d'actions, contre 28 % en gestion libre. Après 50 ans, la logique s'inverse : 19 % contre 25 %.
Personne n'a arbitré. La grille a travaillé à leur place — et ce réglage se diffuse : sur les PER collectifs et les Perco, la part des épargnants en gestion pilotée est passée de 39 % en 2017 à 52 % en 2022.
L'avantage fiscal est un décalage, pas un cadeau
Le second automatisme est fiscal. L'article 163 quatervicies du CGI autorise à déduire les versements du revenu global, dans la limite de 10 % des revenus d'activité de l'année précédente, eux-mêmes retenus dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale.
L'impôt n'est pas effacé pour autant : il est déplacé. La déduction obtenue à l'entrée est reprise à la sortie, en rente ou en capital, à un taux marginal en principe plus faible qu'en activité. La Cour des comptes chiffre ce gain de l'ordre de 10 à 25 % des montants épargnés.
Pas de baisse de taux marginal à la retraite, pas de gain fiscal.
Deux automatismes fiscaux largement sous-utilisés
- Le report des plafonds non consommés. Le BOFiP précise que la différence positive entre la limite de déduction et les cotisations effectivement déduites « peut être utilisée au cours de l'une des trois années suivantes » (§ 40), en commençant par le reliquat le plus ancien (§ 50).
- La mutualisation entre conjoints. Les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune peuvent, sur demande expresse, additionner leurs limites individuelles pour obtenir « un seul et même plafond de déduction annuelle » (§ 10 et § 20).
Ce qui reste perfectible, côté français
Trois angles morts subsistent.
Les frais, d'abord. Sur un panel de 34 contrats analysé pour le Comité consultatif du secteur financier et repris par la Cour des comptes, ils s'empilent poste par poste.
| Poste de frais | Niveau moyen |
|---|---|
| Frais sur chaque versement | 3,18 % |
| Gestion annuelle — fonds euros | 0,87 % |
| Gestion annuelle — unités de compte | 0,85 % |
| Supports actions en unités de compte | 1,90 % |
| Frais d'arbitrage | 0,72 % |
Au total : « 3,18 % de chaque versement, auxquels s'ajoutent, sur toute la durée de placement, des frais moyens de l'ordre de 2,4 % de l'encours ».
« Une partie de l'avantage fiscal est finalement captée par l'accumulation des frais prélevés sur leur placement. »
La fragmentation, ensuite. Un PER individuel, un PER collectif chez un employeur, un PER obligatoire chez le suivant : personne ne consolide. Et un plan dormant ne profite d'aucun automatisme, puisqu'il ne reçoit plus rien.
L'adhésion, enfin. Le mécanisme par défaut porte sur l'allocation, pas sur l'entrée dans le dispositif. Celui qui ne signe pas reste dehors.
Dirigeants et indépendants : le plafond change d'échelle
Pour un travailleur non salarié, le calcul change de dimension. L'article 154 bis du CGI ajoute au plafond de 10 % du bénéfice — retenu dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale — « 15 % supplémentaires sur la fraction de ce bénéfice comprise entre une fois et huit fois le montant annuel précité ».
L'arrêté du 22 décembre 2025 fixe le plafond mensuel à 4 005 euros pour 2026, soit 48 060 euros sur l'année. La déduction culmine ainsi autour de 88 900 euros, mais n'est saturée qu'au-delà de 384 480 euros de bénéfice.
La question n'est donc pas « faut-il un PER ? », mais où il se place entre rémunération, dividendes et capitalisation dans la société. Un versement déduit à 45 % aujourd'hui, repris demain sur des revenus de retraite restés élevés, n'apporte qu'un gain de trésorerie et une immobilisation longue.
Les trois questions qui comptent
- Combien de plans retraite détenez-vous, et où ? Chaque employeur, chaque changement de statut a pu en ouvrir un — et un plan oublié ne reçoit plus aucun automatisme.
- Vos plafonds des trois années précédentes sont-ils consommés, et ceux de votre conjoint ? Le montant figure sur votre avis d'impôt ; le report s'éteint au bout de trois ans.
- Quel sera votre taux marginal à la retraite ? Sans écart de tranche, la déduction n'est qu'un décalage de trésorerie.
Ce qu'il faut retenir
Le PER réussit là où beaucoup de produits d'épargne échouent : il fait travailler l'épargnant sans lui demander de décider en permanence.
Ce n'est pas le support qui produit le résultat, mais le versement régulier, la réduction automatique du risque prévue par la loi, et un plafond réellement consommé — le vôtre, celui de votre conjoint, ceux des trois années passées.
Restent les deux zones où l'automatisme ne joue pas : les frais, et les plans éparpillés que plus personne ne regarde.
Chez Arkalyans, notre métier consiste précisément à cela : recenser vos plans, mesurer les frais réellement supportés, et vérifier que l'écart de taux marginal sur lequel repose tout le raisonnement existe bien dans votre cas.
Savez-vous ce que vos plans retraite font réellement pour vous ?
Prendre rendez-vousAvertissement — Cet article est rédigé à titre purement informatif et pédagogique ; il ne constitue pas un conseil fiscal ou patrimonial personnalisé. Les règles fiscales mentionnées (CGI, BOFiP) sont susceptibles d'évoluer. Chaque situation patrimoniale étant unique, nous recommandons de consulter un avocat fiscaliste, un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine certifié (CGP/CGPI) avant de prendre toute décision. Arkalyans n'est pas habilité à délivrer des conseils fiscaux individualisés.
Sources
- France Assureurs — Avec 19,3 milliards d'euros de cotisations en juin 2026, les épargnants maintiennent leur confiance dans l'assurance vie — France Assureurs, juillet 2026. Source primaire.
- DREES — Les plans d'épargne retraite représentent 77 % des cotisations de retraite supplémentaire en 2024 — Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, 3 février 2026. Source primaire.
- Cour des comptes — L'épargne retraite — Cour des comptes, rapport public thématique, 7 novembre 2024. Source primaire.
- Légifrance — Article L. 224-3 du code monétaire et financier — allocation par défaut réduisant progressivement les risques financiers. Source primaire.
- Légifrance — Article 163 quatervicies du code général des impôts — limite de déduction de l'épargne retraite et mutualisation des plafonds entre conjoints. Source primaire.
- BOFiP-Impôts — BOI-IR-BASE-20-50-30, modalités particulières relatives à la limite de déduction — doctrine fiscale, mise à jour du 17 février 2026. Source primaire.
- Légifrance — Article 154 bis du code général des impôts — déduction des cotisations d'épargne retraite des travailleurs non salariés. Source primaire.
- Légifrance — Arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026 — JORF du 23 décembre 2025. Source primaire.